Cours de l’or : ce qui pourrait changer la donne
Par Simone Wapler
20 janvier 2023
 
La seule monnaie « apatride » reste l’or. Quels sont les paramètres qui font évoluer son prix face aux grandes devises à court et moyen terme ? Il y en a un qui est nouveau.
L’or refait parler de lui depuis que son cours flirte à nouveau avec les 1 900 $ l’once.

Pour mes grands-parents (Première guerre mondiale), l’or se renchérissait en cas de guerre.

Pour mes parents (Deuxième guerre mondiale), l’or montait en cas de mauvaise gestion des finances publiques.

Quand j’étais jeune (années 1970 à 2000), l’or progressait quand les taux d’intérêt réels devenaient négatifs.

Plus récemment, les obligations souveraines des pays puissants (Etats-Unis) ou bien relativement bien gérés (Allemagne, Suisse, …) sont considérées comme des valeurs refuges plus liquides et aussi sûres que l’or en cas de crise financière (par exemple 2000 et 2008).

Les facteurs de hausse d’aujourd’hui

C’est le moment où l’Asie achète de l’or. La demande saisonnière est traditionnellement plus élevée au début de l’année.

Certaines banques centrales renforcent leurs réserves. Parmi les sanctions prises à l’encontre de la Russie, l’exclusion du marché du dollar et le gel des réserves monétaires ont fait réfléchir les dirigeants des pays qui ne souhaitent s’aligner sur les politiques américaines et européennes.

Les taux d’intérêt en dollar restent encore négatifs et la Fed s’apprêterait à ralentir son rythme de hausse de taux puisque la hausse des prix marque le pas.
Mais tout ceci n’est que l’écume de vaguelettes sans grand intérêt.

Aucune analyse mainstream ne met encore en cause le poids des dettes par rapport à l’économie mondiale et le fait que de nombreux pays développés sont insolvables. Sans même parler de rembourser la dette publique, le simple fait de payer les intérêts pourrait devenir insurmontable.

Les facteurs de hausse de demain

Pour tenter de discerner les futurs facteurs de hausse de l’or, il faut s’intéresser au service de la dette.

Imaginez que vous ayez contracté de nombreux prêts de maturité différente à taux fixes. Lorsqu’un vieux prêt arrive à échéance, vous avez pris l’habitude d’en contracter un nouveau. Lorsque les taux montent, votre nouvel emprunt va vous coûter plus cher (tandis que lorsque les taux baissaient votre nouveau crédit vous coûtait moins cher).

Aux Etats-Unis, avec la hausse des taux directeurs, le service de la dette a augmenté de 41% en 2022.

En France, le rendement de l’OAT à 10 ans est maintenant au-dessus de 2,5%. La dette représente 110% de la taille de l’économie (PIB), soit 2 956,8 Mds€ au 16 décembre 2022 (pour un PIB de 2 303,6 Mds€ en 2021). Le budget 2023 prévoit, au titre des « engagements financiers de l’État »[1], 60 Mds€. La croissance en 2023 devrait être de 0,3% selon les calculs de la Banque de France. Soit environ 75 Mds€. La marge de manœuvre est donc très faible. Lorsque le service de la dette ne peut plus être absorbé par la croissance, il ne reste plus qu’une solution : émettre de la dette pour payer les intérêts et non plus seulement pour « rembourser » une vielle dette arrivée à échéance.

Imaginez-vous banquier. Seriez-vous enthousiaste à l’idée de prêter à quelqu’un, criblé de dettes et dont les revenus n’augmentent que très faiblement, pour payer les intérêts qu’il doit ?

Lesfrançais.press nous parle de la soutenabilité des dettes publiques en Europe :

L’écart entre la croissance potentielle et le taux d’intérêt réel à long terme est positif pour les Pays-Bas (3,10), la Belgique (2,55), l’Allemagne (1,92), et la France (1,16). Il est négatif pour l’Italie (-1,49), la Grèce (-0,28) et pour l’Espagne (-0,05). Il convient de souligner qu’il est positif pour le Portugal (1,47). La poursuite de la hausse des taux par la BCE pourrait donc poser des problèmes pour l’Italie et la Grèce. Ces dernières devront dégager des excédents primaires importants (solde budgétaire avant imputation des intérêts de la dette publique) pour éviter une dérive des taux, ce qui limitera leurs marges de manœuvres pour compenser les effets de la guerre en Ukraine sur leur population.

A contrario, les États comme la France ou l’Allemagne pourront conserver des soldes primaires positifs. Ils devraient être en Allemagne comme en France supérieurs à 2 points du PIB. Il serait négatif de 4 points en Belgique quand il ne le sera que de 0,5 point de PIB en Italie.

Je ne partage pas l’optimisme de ce point de vue, le concept de « croissance potentielle » étant pour le moins fumeuse comme en témoigne cette définition de la Banque de France.

Écrasés par le poids de leurs dettes publiques, les gouvernements s’emploieront à répudier leurs dettes d’une façon ou d’une autre : création de monnaie et de toujours plus de crédit ou méthodes plus violentes à base d’emprunts forcés, de nationalisation de l’épargne, pour payer les créditeurs étrangers.

Entrent en scène les fonds de pension

Dans notre douce France, la retraite par capitalisation n’est pas de mise. La retraite est financée par la répartition, un merveilleux système de solidarité.
Mais dans de nombreux pays, ce n’est pas le cas. Les fonds de pension gèrent l’épargne des futurs retraités. La retraite par répartition n’assure qu’un montant minimal, une sorte de « minimum vieillesse ».

Ces fonds de pension investissent sur les marchés actions et obligataires et, dans ce dernier cas, leur préférence va aux obligations souveraines réputées sûres.
Mais lorsque ce marché est secoué, ils se retrouvent vite en difficulté. C’est ce qui est récemment arrivé au Royaume-Uni à la fin de l’année 2022.

Si la valeur des obligations détenues en portefeuille baisse, ces fonds n’ont plus assez de liquidités pour payer les pensions. Les fonds britanniques s’étaient pourtant couverts contre une baisse par des produits financiers dérivés. Mais le budget présenté par la première ministre Liz Truss était si délirant que les Gilts (équivalents des OAT françaises) ont plongé très brutalement, déclenchant des demandes d’appels de marge pour les produits de couverture du risque qui dépassaient les capacités de paiement des fonds.

Sans utiliser de produits dérivés, les fonds de pension pourraient envisager d’avoir de l’or. Cette idée chemine…

Depuis cette dernière crise, la Royal Mint (l’équivalent de La Monnaie en France) propose des produits d’investissement en or spécialement destinés aux fonds de retraite.

Même chose aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse : les gérants commencent à regarder l’or comme une alternative… Voici ce que donne une rapide recherche Google utilisant les mots clés « gold pension funds netherland »
Si cette idée se matérialise, une proportion grandissante de l’épargne en Europe et même aux Etats-Unis serait allouée à de l’or.

Ce qui certainement constituerait un facteur haussier nouveau.

[1] Terme élégant pour désigner le service de la dette
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A propos de Simone Wapler

Ex-ingénieur en aéronautique, Mme Wapler écrit depuis une vingtaine des années au sujet des actualités politiques et économiques en France, sous un angle basé dans l'école économique Autrichienne. Elle est l'auteur de nombreux livres, disponibles sur Amazon, dont son plus récent Money, Monnaie, Monnaies. Aujourd'hui, elle intervient fréquemment dans des médias alternatifs, et participe, aux côtés d'un petit groupe d'experts aux idées alignées avec son propre point de vue, à pousser de l'avant leurs analyses et avertissements pour les particuliers.
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